Discours de SE Mr HENRI Lopes 

Parrain de BRIDGE THE GAP 
Ancien Premier Ministre du Congo 
Ancien Directeur Général Adjoint de l’Unesco  
Ancien Ambasadeur du Congo à Paris  

DISCOURS DE S.E. MR HENRI LOPES 
PARRAIN DU GALA BRIDGE THE GAP 2019 
Samedi 13 avril 2019 AU Pré Catelan Lenotre 

Monsieur le Président de BRIDGE THE GAP, cher Alain Moulen,
Mesdames et Messieurs les Marraines et Parrains,
Mesdames et Messieurs les membres de l’Association,
Chers invités,

Je voudrais tout d’abord exprimer ma gratitude à mon ami Alain Moulen de m’avoir proposé de parrainer cette belle soirée dont la splendeur m’impressionne. Ma compagne, Christine Diané, ici présente, et moi-même, nous sentons fort honorés d’une telle distinction.
Je ne sais si je la mérite, mais je puis vous assurer que je mettrai désormais tout en œuvre pour m’en montrer digne.

Monsieur le Président,

Dans quelques semaines, il y aura seize ans qu’une inspiration lumineuse vous a conduit à créer Bridge the gap. La longévité de votre association constitue la preuve à la fois d’une gestion rigoureuse et du dynamisme que vous lui insufflez. Elle témoigne enfin de la confiance que vous inspirez tant à vos membres qu’à vos partenaires et à vos sponsors.
J’ai pris connaissance avec un grand intérêt de la documentation mise à ma disposition. Elle présente avec clarté et un sens remarquable de la communication les objectifs de votre association et met en valeur les actions mises en œuvre depuis le début de son existence.
En créant ce bel outil, vous vous êtes assigné le but de relever un défi majeur de notre temps : participer à la lutte contre l’analphabétisme et l’illettrisme, en contribuant à combler le fossé qui existe en matière d’éducation, d’un côté entre certaines régions du monde, d’un autre côté à l’intérieur des pays eux-mêmes.
La situation de notre planète exige un tel engagement.

En effet, en 2016, selon les indicateurs fournis par l’UNESCO, 263 Millions d’enfants, d’adolescents et de jeunes n’étaient pas scolarisés dans le monde.
263 millions, c’est la population d’un pays de la taille de l’Indonésie ! 263 millions c’est presque le poids démographique du Nigéria, le géant de notre continent !
Plus inquiétant : si, en 70 ans, le nombre d’illettrés dans le monde a été divisé par trois, on observe que depuis dix ans les progrès dans le recul de la lutte contre l’analphabétisme se sont ralentis.
L’Afrique subsaharienne est la région du monde la plus frappée par ce fléau en possédant les taux les plus élevés d’exclusion de l’éducation. Là aussi, on observe le phénomène inquiétant par lequel des pays qui, à l’Indépendance, pouvaient s’enorgueillir de taux de scolarisation honorables sont aujourd’hui relégués dans la catégorie de pays ayant des taux de scolarisation alarmants.
Une analyse plus approfondie de ce syndrome exigerait une conférence de plusieurs heures. Ce n’en est ni le lieu ni le moment. Par ailleurs, en me livrant à un tel exercice, je contreviendrais à une recommandation de la sagesse populaire de mon pays qui stipule : “quand tu prends la parole, aie pitié de ceux qui t’écoutent”.

Avec votre indulgence, je voudrais cependant signaler plusieurs groupes cibles qui pourrait constituer les priorités d’action sur lesquelles Bridge the gap pourrait concentrer ses efforts.
D’abord, les analphabètes au sens premier du terme. Par ce terme, l’UNESCO entend : “une personne incapable de lire et d’écrire et incapable d’entendre, en le comprenant, un exposé simple et bref de faits en rapport avec sa vie quotidienne”. Sont inclus dans ce groupe aussi bien de jeunes enfants, des adolescents qui n’ont pas accès à l’école, que des adultes dénués des outils qui leur permettent de déchiffrer le monde dans lequel ils vivent.
Aux analphabètes stricto sensu, s’ajoutent les populations frappées par l’illettrisme, sachant que ce terme recouvre une catégorie d’hommes et de femmes, qui a naguère été alphabétisée, mais qui, pour des raisons diverses, n’a plus pratiqué l’usage de la lecture et de l’écriture et se retrouve plongés dans ce que l’on qualifie quelquefois, d’analphabétisme “de retour”.

Enfin, je voudrais signaler une forme moderne d’illettrisme dont sont atteints aussi bien les jeunes que les adultes – ceux-ci en plus grand nombre que ceux-là- et qui est une conséquence de la fracture numérique. Elle touche une frange de la population qui, du fait de son environnement, n’a pas accès au domaine de l’informatique et se trouve, de ce fait, handicapée pour évoluer dans le monde moderne.
Il s’agit là seulement de quelques aspects d’un fléau contre lequel vous avez décidé de vous mobiliser.
Éradiquer ce fléau à l’échelle de la planète, pour une modeste association de votre dimension, quel que soit l’engagement, la détermination, le dynamisme de ses membres peut paraître une gageure. Cela le serait si vous vous proposiez de rivaliser avec les États, et les organismes internationaux comme l’UNESCO, l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’UNICEF, la Banque Mondiale dont la tâche est précisément de diagnostiquer ce fléau aux échelons nationaux et internationaux, d’en étudier les effets pervers et d’engager des campagnes à la mesure de leurs moyens.

Le rôle de Bridge the gap est évidemment plus modeste, mais non moins essentiel. Il s’agit pour vous, et si vous m’y autorisez, pour nous, d’entrer en relation avec ces grands organismes nationaux, et internationaux, pour avoir une idée précise de l’état des lieux et, à partir des cibles identifiées par leurs études, définir vos priorités en essayant, autant que possible, dans une stratégie de partenariat concertée, d’être complémentaire de ces gros appareils.

Vous n’avez ni leurs outils ni leurs moyens. Il ne s’agit nullement pour vous de bâtir des pyramides, mais de participer à leurs édifications, en apportant la, ou les, quelques pierres, nécessaires à la construction de l’ensemble. Vous le savez, “C’est avec les petites rivières qu’on fait les grands fleuves”. Vous pouvez, pour votre part, être plus rapides que ces organisations vénérables, dans la prise de décision. L’un des domaines où vous pourriez notamment affirmer votre identité est celui de l’urgence. Enfin, vous devez choisir comme cible de vos actions, des terrains visibles et des chantiers qui ont un effet d’entraînement.
Mais je m’égare et ne voudrais pas avoir l’air de vous dévoiler des Amériques que, dans le dynamisme de votre action, vous avez déjà découvertes. Ce qui pourrait apparaître comme d’impertinents conseils sont en fait quelques idées qui, j’en suis convaincu, n’ont d’autre objet que de vous renforcer dans la voie dans laquelle vous vous êtes déjà engagés.

Monsieur le Président, mon cher Alain Moulen,
Mesdames et Messieurs les marraines et les parrains,
Vaillants membres de Bridge the gap,
Chers invités,
Mesdames et Messieurs,

Je voudrais terminer mon propos en fils de l’Afrique s’exprimant le cœur à la bouche.
L’éducation est une flamme. Fragile, mais lumineuse. C’est par elle que, hier, une génération, à laquelle j’appartiens, a pris conscience de sa situation, a compris qu’elle n’était pas inférieure aux autres communautés humaines, qu’elle possédait une histoire, qu’elle était douée d’autant de capacité et de talent que les autres groupes humains. L’éducation, l’étude et la connaissance nous ont permis de sortir des souterrains de l’histoire où nous avions été confinés ; de forcer ce qui nous était présenté comme une fatalité ; de réaliser ce qui apparaissait comme un rêve fou, une chimère, du donquichottisme, une utopie : briser nos chaines, nous libérer, avancer.
Il ne faut pas que cette flamme, qui, vous l’avez compris, est aussi, pour nos enfants et nos petits-enfants, la flamme de l’espoir, s’éteigne.
Paraphrasant le bon La Fontaine, redisons-nous que dans l’éducation un trésor est caché.
En un temps, où la situation de l’éducation se dégrade dans notre continent, nous devons par nos actions, alerter l’opinion et les responsables de nos pays. La gestion économique de nos pays est certes capitale, le soin à apporter aux secteurs sociaux est sans doute primordial, mais l’éducation, et la culture qu’elle engendre, sont à la base de tout développement durable.
Il s’agit, précisons-le, répétons-le, d’une éducation qui non seulement assure l’acquisition des savoirs fondamentaux -lire, écrire, compter-, mais qui apprennent à nos enfants à apprendre ; qui leur apprenne à être ; qui leur apprenne à devenir.

Je terminerai par cette réflexion du Chinois Lao Tseu, que chacun de vous connaît. Il s’agit là d’une pensée qui dépasse la Chine, il s’agit d’une pensée qui appartient au patrimoine commun de la sagesse humaine :
“Si tu donnes du poisson à un homme, il mangera un jour ; si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours”.
Je félicite les membres de Bridge the Gap, d’apprendre à pêcher aux enfants africains et je les invite à poursuivre cette belle utopie, ce mouvement de générosité capable de soulever les montagnes.